Il y a une situation que je rencontre souvent lorsque j’accompagne des couples autour du désir d’enfant.
Un des deux partenaires ressent un appel très clair à devenir parent. Pendant que l’autre… hésite, évite le sujet, reporte la discussion. Ce qui fait généralement apparaître une ambivalence, une tension et un doute dans l’esprit de son ou sa partenaire.
« Et si nous ne voulions pas la même chose? »
Qu’arrivera-t-il de notre union? C’est une situation délicate et tellement humaine et légitime. Il y a une question de maturité, de valeurs, de momentum. Le désir d’enfant n’arrive pas toujours au même moment Dans un couple, chaque personne porte son histoire, ses peurs, ses élans et son propre rythme intérieur.
Certaines personnes ressentent très tôt le désir de devenir parent. D’autres ont besoin de plus de temps pour sentir si ce chemin leur correspond vraiment, si c’est ce qu’elles souhaitent au fond de leur cœur.
Ne pas avoir le désir de devenir parent au même moment ne signifie pas que l’amour ou la solidité du couple est en danger. Cela veut tout simplement dire que deux parcours intérieurs se rencontrent. Et que chacun se sent libre d’exprimer sa vérité. C’est un gage de confiance envers l’autre de pouvoir se dire.
Quand le projet bébé devient une source de tension
Lorsque l’un des partenaires souhaite profondément concevoir un enfant et que l’autre hésite, plusieurs émotions peuvent émerger. Celui ou celle qui désire l’enfant peut ressentir : de l’impatience, de la tristesse, parfois même la peur de manquer le moment, de l’ambivalence.
De son côté, la personne qui hésite peut ressentir : de la pression, de la culpabilité ou la peur de décevoir l’autre. Si ces émotions restent silencieuses trop longtemps, elles peuvent créer une distance dans le couple. C’est pourquoi la conversation devient essentielle.
Que faire si l’autre ne veut pas d’enfant?
Parfois, l’hésitation est temporaire. Mais il arrive aussi que l’un des partenaires sente clairement qu’il ne souhaite pas devenir parent. C’est un moment très délicat dans la vie d’un couple. Face à cette réalité, plusieurs personnes ressentent un mélange d’amour, de confusion, de colère, de déception, de peur et parfois même de deuil. Dans ces situations, il peut être précieux de prendre le temps d’explorer ensemble :
-
- Ce qui nourrit ce refus de la parentalité
- Les peurs ou les valeurs derrière cette position
- Ce qui est réellement non négociable pour chacun
Ces conversations demandent beaucoup d’ouverture, de douceur et de respect. Une personne ne devrait pas devenir parent par obligation. Quand c’est le cas, le regret, le désinvestissement, l’anxiété, la culpabilité peuvent ternir la relation. De plus, votre bébé pourrait arriver avec une blessure de rejet déjà active.
Aucune personne ne devrait non plus étouffer un désir d’enfant profondément enraciné pour préserver une relation. Certaines réponses émergent avec le temps. Parfois, certaines demandent de faire un choix de vie, un saut dans le vide. Choisir dans ce cas veut dire renoncer, soit à la relation d’amoureux ou à la parentalité.
La question de l’âge dans le désir d’enfant
La différence d’âge dans le couple peut parfois ajouter une pression supplémentaire. Par exemple : lorsque l’un des partenaires ressent l’urgence liée à l’horloge biologique ou lorsque l’autre se sent encore dans une étape de vie différente (début de carrière après de longues études par exemple).
Dans ces situations, il est important de reconnaître que le temps ne se vit pas de la même façon pour chacun. Nommer cette réalité avec honnêteté peut éviter beaucoup de tensions silencieuses. Cela permet aussi de réfléchir ensemble :
-
- Quel est notre horizon commun?
- Combien de temps pouvons-nous nous donner pour continuer à explorer cette question?
Respecter le rythme de chacun
Dans ces situations, la tentation est parfois grande de chercher une réponse rapide. Mais les décisions importantes ont souvent besoin de temps pour mûrir.
Respecter le rythme de chacun ne signifie pas mettre ses propres besoins de côté. La personne qui souhaite concevoir peut prendre soin de son désir en poursuivant sa réflexion et en trouvant des gestes symboliques à poser. Tant qu’à l’autre partenaire, il peut entamer une réflexion accompagnée ou non d’un professionnel pour clarifier et s’assurer de son choix.
Reconnaître que le chemin vers la parentalité demande une certaine maturation intérieure est précieux et c’est là que le parcours en préconception consciente prend tout son sens. Il peut se vivre seul ou à deux.
Une invitation à rester une équipe
Parfois, l’hésitation cache simplement un besoin de sécurité, de stabilité ou de confiance. Et lorsque cet espace est respecté, la discussion peut évoluer naturellement. Lorsqu’un couple traverse une différence autour du désir d’enfant, la question n’est pas seulement :
« Aurons-nous un bébé ou non? » La réflexion amène aussi cet enjeu : « Comment pouvons-nous prendre soin de notre relation pendant cette réflexion? » Car au cœur de cette discussion, il y a souvent deux personnes qui s’aiment et qui cherchent à comprendre quel chemin leur correspond le mieux. Et seule votre réponse sera la bonne.
Une dernière réflexion
Le désir d’enfant est une question profondément intime. Et parfois, il ne se manifeste pas au même moment pour les deux partenaires. Mais lorsque le dialogue reste ouvert, respectueux et sincère, ces différences peuvent devenir des occasions de mieux se comprendre et mieux se connaitre. Ce sont souvent dans ces conversations sensibles que le lien peut devenir encore plus solide.
À propos de l’autrice
Alexandra Doyon accompagne les couples dans leur désir d’enfant, la préconception consciente et la préparation à la parentalité.
Depuis plus de 20 ans, elle soutient les familles dans les passages de vie liés à la conception, la grossesse et l’arrivée d’un enfant.




